— Merci, comte, il est beau de retrouver des cœurs comme le vôtre, c’est-à-dire assez confiants en Dieu et dans la monarchie pour ne jamais désespérer d’une fortune royale, si bas qu’elle soit tombée.

«Malheureusement, vos paroles, cher comte, sont comme ces remèdes que l’on dit souverains et qui cependant, ne pouvant guérir que les plaies guérissables, échouent contre la mort. Merci de votre persévérance à me consoler, comte; merci de votre souvenir dévoué, mais je sais à quoi m’en tenir.

«Rien ne me sauvera maintenant. Et tenez, mon ami, j’étais si bien convaincu, que je prenais la route de l’exil avec mon vieux Parry; je retournais savourer mes poignantes douleurs dans ce petit ermitage que m’offre la Hollande. Là, croyez-moi, comte, tout sera bientôt fini, et la mort viendra vite; elle est appelée si souvent par ce corps que ronge l’âme et par cette âme qui aspire aux cieux!

— Votre Majesté a une mère, une sœur, des frères; Votre Majesté est le chef de la famille, elle doit donc demander à Dieu une longue vie au lieu de lui demander une prompte mort. Votre Majesté est proscrite, fugitive, mais elle a son droit pour elle; elle doit donc aspirer aux combats, aux dangers, aux affaires, et non pas au repos des cieux.

— Comte, dit Charles II avec un sourire d’indéfinissable tristesse, avez-vous entendu dire jamais qu’un roi ait reconquis son royaume avec un serviteur de l’âge de Parry et avec trois cents écus que ce serviteur porte dans sa bourse!

— Non, Sire; mais j’ai entendu dire, et même plus d’une fois, qu’un roi détrôné reprit son royaume avec une volonté ferme, de la persévérance, des amis et un million de francs habilement employés.

— Mais vous ne m’avez donc pas compris? Ce million, je l’ai demandé à mon frère Louis; qui me l’a refusé.

— Sire, dit Athos, Votre Majesté veut-elle m’accorder quelques minutes encore à écouter attentivement ce qui me reste à lui dire?

Charles II regarda fixement Athos.

— Volontiers, monsieur, dit-il.