Un essaim de huit ardélions courut à la grille, qui fut ouverte comme si elle eût été de plumes. Et chacun de se confondre en politesses, car on savait l’accueil que le maître avait l’habitude de faire à cet ami, et toujours, pour ces sortes de remarques, il faut consulter le coup d’œil du valet.

— Ah! dit avec un sourire tout agréable M. d’Artagnan qui se balançait sur l’étrier pour sauter à terre, où est ce cher comte?

— Eh! voyez, monsieur, quel est votre malheur, dit Blaisois, quel sera aussi celui de M. le comte notre maître, lorsqu’il apprendra votre arrivée! M. le comte, par un coup du sort, vient de partir il n’y a pas deux heures.

D’Artagnan ne se tourmenta pas pour si peu.

— Bon, dit-il, je vois que tu parles toujours le plus pur français du monde; tu vas me donner une leçon de grammaire et de beau langage, tandis que j’attendrai le retour de ton maître.

— Voilà que c’est impossible, monsieur, dit Blaisois; vous attendriez trop longtemps.

— Il ne reviendra pas aujourd’hui?

— Ni demain, monsieur, ni après-demain. M. le comte est parti pour un voyage.

— Un voyage! dit d’Artagnan, c’est une fable que tu me contes.

— Monsieur, c’est la plus exacte vérité. Monsieur m’a fait l’honneur de me recommander la maison, et il a ajouté de sa voix si pleine d’autorité et de douceur... c’est tout un pour moi: «Tu diras que je pars pour Paris.»