— C’est d’une belle écriture, dit Madame, mais je ne puis lire.
— Voulez-vous lire à Madame, monsieur de Bragelonne, dit le duc.
— Oui, lisez, je vous prie, monsieur.
Raoul commença la lecture à laquelle Monsieur donna de nouveau toute son attention.
La lettre était conçue en ces termes:
«Monseigneur, Le roi part pour la frontière; vous aurez appris que le mariage de Sa Majesté va se conclure; le roi m’a fait l’honneur de me nommer maréchal des logis pour ce voyage, et comme je sais toute la joie que Sa Majesté aurait de passer une journée à Blois, j’ose demander à Votre Altesse Royale la permission de marquer de ma craie le château qu’elle habite.
Si cependant l’imprévu de cette demande pouvait causer à Votre Altesse Royale quelque embarras, je la supplierai de me le mander par le messager que j’envoie, et qui est un gentilhomme à moi, M. le vicomte de Bragelonne. Mon itinéraire dépendra de la résolution de Votre Altesse Royale, et au lieu de prendre par Blois, j’indiquerai Vendôme ou Romorantin. J’ose espérer que Votre Altesse Royale prendra ma demande en bonne part, comme étant l’expression de mon dévouement sans bornes et de mon désir de lui être agréable.»
— Il n’est rien de plus gracieux pour nous, dit Madame, qui s’était consultée plus d’une fois pendant cette lecture dans les regards de son époux. Le roi ici! s’écria-t-elle un peu plus haut peut-être qu’il n’eût fallu pour que le secret fût gardé.
— Monsieur, dit à son tour Son Altesse, prenant la parole, vous remercierez M. le prince de Condé, et vous lui exprimerez toute ma reconnaissance pour le plaisir qu’il me fait.
Raoul s’inclina.