— J’aurais bien dû voir, dit d’Artagnan, que ce n’était pas le roi; on ne rit pas de si bon cœur quand le roi passe. Hé! Bazin! cria-t-il à son voisin qui se penchait aux trois quarts hors de la fenêtre pour suivre plus longtemps le carrosse des yeux, hé! qu’est-ce que cela?
— C’est M. Fouquet, dit Bazin d’un air de protection.
— Et tous ces gens?
— C’est la cour de M. Fouquet.
— Oh! oh! dit d’Artagnan, que dirait M. de Mazarin s’il entendait cela? Et il se recoucha tout rêveur en se demandant comment il se faisait qu’Aramis fût toujours protégé par le plus puissant du royaume.
«Serait-ce qu’il a plus de chance que moi ou que je serais plus sot que lui? Bah!»
C’était le mot concluant à l’aide duquel d’Artagnan devenu sage terminait maintenant chaque pensée et chaque période de son style. Autrefois, il disait «Mordioux!» ce qui était un coup d’éperon. Mais maintenant il avait vieilli, et il murmurait ce bah! philosophique qui sert de bride à toutes les passions.
Chapitre XVIII — Où d’Artagnan cherche Porthos et ne trouve que Mousqueton
Lorsque d’Artagnan se fut bien convaincu que l’absence de M. le vicaire général d’Herblay était réelle, et que son ami n’était point trouvable à Melun ni dans les environs, il quitta Bazin sans regret, donna un coup d’œil sournois au magnifique château de Vaux, qui commençait à briller de cette splendeur qui fit sa ruine, et pinçant ses lèvres comme un homme plein de défiance et de soupçons, il piqua son cheval pie en disant:
— Allons, allons, c’est encore à Pierrefonds que je trouverai le meilleur homme et le meilleur coffre. Or, je n’ai besoin que de cela, puisque moi j’ai l’idée.