Gaston baissa la tête avec une sombre tristesse; toute sa vie, il avait dû entendre ou plutôt subir ce cri de: «Vive le roi!» qui passait au-dessus de lui. Depuis longtemps, ne l’entendant plus, il avait reposé son oreille, et voilà qu’une royauté plus jeune, plus vivace, plus brillante, surgissait devant lui comme une nouvelle, comme une plus douloureuse provocation.
Madame comprit les souffrances de ce cœur timide et ombrageux; elle se leva de table, Monsieur l’imita machinalement, et tous les serviteurs, avec un bourdonnement semblable à celui des ruches, entourèrent Raoul pour le questionner.
Madame vit ce mouvement et appela M. de Saint-Remy.
— Ce n’est pas le moment de jaser, mais de travailler, dit-elle avec l’accent d’une ménagère qui se fâche.
M. de Saint-Remy s’empressa de rompre le cercle formé par les officiers autour de Raoul, en sorte que celui-ci put gagner l’antichambre.
— On aura soin de ce gentilhomme, j’espère, ajouta Madame en s’adressant à M. de Saint-Remy.
Le bonhomme courut aussitôt derrière Raoul.
— Madame nous charge de vous faire rafraîchir ici, dit-il; il y a en outre un logement au château pour vous.
— Merci, monsieur de Saint-Remy, répondit Bragelonne. Vous savez combien il me tarde d’aller présenter mes devoirs à M. le comte mon père.
— C’est vrai, c’est vrai, monsieur Raoul, présentez-lui en même temps mes bien humbles respects, je vous prie.