Planchet approuva tacitement: tout cela, à ses yeux du moins, n’éclairait pas encore l’idée de d’Artagnan. Celui-ci continua:
— Voici donc le raisonnement que je me suis fait. Écoute bien, Planchet, car nous approchons de la conclusion.
— J’écoute.
— Les rois ne sont pas semés tellement drus sur la terre que les peuples en trouvent là où ils en ont besoin. Or ce roi sans royaume est à mon avis une graine réservée qui doit fleurir en une saison quelconque, pourvu qu’une main adroite, discrète et vigoureuse, la sème bel et bien, en choisissant sol, ciel et temps.
Planchet approuvait toujours de la tête, ce qui prouvait qu’il ne comprenait toujours pas.
— Pauvre petite graine de roi! me suis-je dit, et réellement j’étais attendri, Planchet, ce qui me fait penser que j’entame une bêtise. Voilà pourquoi j’ai voulu te consulter, mon ami.
Planchet rougit de plaisir et d’orgueil.
— Pauvre petite graine de roi! je te ramasse, moi, et je vais te jeter dans une bonne terre.
— Ah! mon Dieu! dit Planchet en regardant fixement son ancien maître, comme s’il eût douté de tout l’éclat de sa raison.
— Eh bien! quoi? demanda d’Artagnan, qui te blesse?