— Quarante contre quarante mille, ce n’est point assez. Vous valez bien mille hommes à vous tout seul, monsieur d’Artagnan, je le sais bien; mais où trouverez-vous trente-neuf hommes qui vaillent autant que vous? ou, les trouvant, qui vous fournira l’argent pour les payer?
— Pas mal, Planchet... Ah! diable! tu te fais courtisan.
— Non, monsieur, je dis ce que je pense, et voilà justement pourquoi je dis qu’à la première bataille rangée que vous livrerez avec vos quarante hommes, j’ai bien peur...
— Aussi ne livrerai-je pas de bataille rangée, mon cher Planchet, dit en riant le Gascon. Nous avons, dans l’Antiquité, des exemples très beaux de retraites et de marches savantes qui consistaient à éviter l’ennemi au lieu de l’aborder. Tu dois savoir cela, Planchet, toi qui as commandé les Parisiens le jour où ils eussent dû se battre contre les mousquetaires, et qui as si bien calculé les marches et les contremarches, que tu n’as point quitté la place Royale.
Planchet se mit à rire.
— Il est de fait, répondit-il, que si vos quarante hommes se cachent toujours et qu’ils ne soient pas maladroits, ils peuvent espérer de n’être pas battus; mais enfin, vous vous proposez un résultat quelconque?
— Sans aucun doute. Voici donc, à mon avis, le procédé à employer pour replacer promptement Sa Majesté Charles II sur le trône.
— Bon! s’écria Planchet en redoublant d’attention, voyons ce procédé. Mais auparavant il me semble que nous oublions quelque chose.
— Quoi?
— Nous avons mis de côté la nation, qui aime mieux chanter des gaudrioles que des psaumes, et l’armée, que nous ne combattons pas; mais restent les parlements, qui ne chantent guère.