— C’est parfait, monsieur, dit Planchet, et feu M. Coquenard, le premier époux de Mme la baronne du Vallon, n’aurait pas fait mieux.
— Tu trouves? Eh bien! alors, signons.
Et tous deux apposèrent leur parafe.
— De cette façon, dit d’Artagnan, je n’aurai obligation à personne.
— Mais moi, j’aurai obligation à vous, dit Planchet.
— Non, car si tendrement que j’y tienne, Planchet, je puis laisser ma peau là-bas, et tu perdras tout. À propos, peste! cela me fait penser au principal, une clause indispensable, je l’écris: «Dans le cas où M. d’Artagnan succomberait à l’œuvre; la liquidation se trouvera faite et le sieur Planchet donne dès à présent quittance à l’ombre de messire d’Artagnan des vingt mille livres par lui versées dans la caisse de ladite association.»
Cette dernière clause fit froncer le sourcil à Planchet; mais lorsqu’il vit l’œil si brillant, la main si musculeuse, l’échine si souple et si robuste de son associé, il reprit courage, et sans regret, haut la main, il ajouta un trait à son parafe. D’Artagnan en fit autant. Ainsi fut rédigé le premier acte de société connu; peut-être a-t-on un peu abusé depuis de la forme et du fond.
— Maintenant, dit Planchet en versant un dernier verre de vin d’Anjou à d’Artagnan, maintenant, allez dormir, mon cher maître.
— Non pas, répliqua d’Artagnan, car le plus difficile maintenant reste à faire, et je vais rêver à ce plus difficile.
— Bah! dit Planchet, j’ai si grande confiance en vous, monsieur d’Artagnan, que je ne donnerais pas mes cent mille livres pour quatre-vingt-dix mille.