«D’Artagnan.
Planchet paraissait fort curieux de savoir ce qu’avait écrit d’Artagnan.
— Tiens, dit le mousquetaire à Planchet, lis.
Aux dernières lignes, les larmes vinrent aux yeux de Planchet.
— Vous croyez que je n’eusse pas donné l’argent sans cela? Alors, je ne veux pas de vos cinq mille livres.
D’Artagnan sourit.
— Accepte, Planchet, accepte, et de cette façon tu ne perdras que quinze mille francs au lieu de vingt, et tu ne seras pas tenté de faire affront à la signature de ton maître et ami, en cherchant à ne rien perdre du tout.
Comme il connaissait le cœur des hommes et des épiciers, ce cher M. d’Artagnan! Ceux qui ont appelé fou Don Quichotte, parce qu’il marchait à la conquête d’un empire avec le seul Sancho, son écuyer, et ceux qui ont appelé fou Sancho, parce qu’il marchait avec son maître à la conquête du susdit empire, ceux-là certainement n’eussent point porté un autre jugement sur d’Artagnan et Planchet.
Cependant le premier passait pour un esprit subtil parmi les plus fins esprits de la cour de France. Quant au second, il s’était acquis à bon droit la réputation d’une des plus fortes cervelles parmi les marchands épiciers de la rue des Lombards, par conséquent de Paris, par conséquent de France.
Or, à n’envisager ces deux hommes qu’au point de vue de tous les hommes, et les moyens à l’aide desquels ils comptaient remettre un roi sur son trône que comparativement aux autres moyens, le plus mince cerveau du pays où les cerveaux sont les plus minces se fût révolté contre l’outrecuidance du lieutenant et la stupidité de son associé. Heureusement d’Artagnan n’était pas homme à écouter les sornettes qui se débitaient autour de lui, ni les commentaires que l’on faisait sur lui. Il avait adopté la devise: «Faisons bien et laissons dire.» Planchet, de son côté, avait adopté celle-ci: «Laissons faire et ne disons rien.» Il en résultait que, selon l’habitude de tous les génies supérieurs, ces deux hommes se flattaient intra pectus d’avoir raison contre tous ceux qui leur donnaient tort.