— Les politesses sont faites, monsieur le vicomte, dit Montalais; voici un fauteuil, et dites-nous bien vite la nouvelle que vous nous apportez ainsi courant.

— Mademoiselle, ce n’est plus un secret. Le roi, se rendant à Poitiers, s’arrête à Blois pour visiter Son Altesse Royale.

— Le roi ici! s’écria Montalais en frappant ses mains l’une contre l’autre; nous allons voir la cour! Concevez-vous cela, Louise? la vraie cour de Paris! Oh! mon Dieu! Mais quand cela, monsieur?

— Peut-être ce soir, mademoiselle; assurément demain.

Montalais fit un geste de dépit.

— Pas le temps de s’ajuster! pas le temps de préparer une robe! Nous sommes ici en retard comme des Polonaises! Nous allons ressembler à des portraits du temps de Henri IV!... Ah! monsieur, la méchante nouvelle que vous nous apportez là!

— Mesdemoiselles, vous serez toujours belles.

— C’est fade!... nous serons toujours belles, oui, parce que la nature nous a faites passables; mais nous serons ridicules, parce que la mode nous aura oubliées... Hélas! ridicules! on me verra ridicule, moi?

— Qui cela? dit naïvement Louise.

— Qui cela? vous êtes étrange, ma chère!... Est-ce une question à m’adresser? On, veut dire tout le monde; on, veut dire les courtisans, les seigneurs; on, veut dire le roi.