— Alors, vous n’obéiriez pas? dit Athos.
— Je ne dis pas cela non plus, monsieur. Avant tout, le salut de ma patrie. Dieu, qui a bien voulu me donner la force, a voulu sans doute que j’eusse cette force pour le bien de tous, et il m’a donné en même temps le discernement. Si le Parlement m’ordonnait une chose pareille, je réfléchirais.
Athos s’assombrit.
— Allons, dit-il, je le vois, décidément Votre Honneur n’est point disposée à favoriser le roi Charles II.
— Vous me questionnez toujours, monsieur le comte; à mon tour, s’il vous plaît.
— Faites, monsieur, et puisse Dieu vous inspirer l’idée de me répondre aussi franchement que je vous répondrai!
— Quand vous aurez rapporté ce million à votre prince, quel conseil lui donnerez-vous?
Athos fixa sur Monck un regard fier et résolu.
— Milord, dit-il, avec ce million que d’autres emploieraient à négocier peut-être, je veux conseiller au roi de lever deux régiments, d’entrer par l’Écosse que vous venez de pacifier; de donner au peuple des franchises que la révolution lui avait promises et n’a pas tout à fait tenues. Je lui conseillerai de commander en personne cette petite armée, qui se grossirait, croyez-le bien, de se faire tuer le drapeau à la main et l’épée au fourreau, en disant: «Anglais! voilà le troisième roi de ma race que vous tuez: prenez garde à la justice de Dieu!»
Monck baissa la tête et rêva un instant.