— Huit jours, oui, monsieur.
— Et pendant ces huit jours, que ferai-je?
— S’il y a bataille, tenez-vous loin, je vous prie. Je sais les Français curieux de ces sortes de divertissements; vous voudriez voir comment nous nous battons, et vous pourriez recueillir quelque balle égarée; nos Écossais tirent fort mal, et je ne veux pas qu’un digne gentilhomme tel que vous regagne, blessé, la terre de France. Je ne veux pas enfin être obligé de renvoyer moi-même à votre prince son million laissé par vous; car alors on dirait, et cela avec quelque raison, que je paie le prétendant pour qu’il guerroie contre le Parlement. Allez donc, monsieur, et qu’il soit fait entre nous comme il est convenu.
— Ah! milord, dit Athos, quelle joie ce serait pour moi d’avoir pénétré le premier dans le noble cœur qui bat sous ce manteau.
— Vous croyez donc décidément que j’ai des secrets, dit Monck sans changer l’expression demi-enjouée de son visage. Eh! monsieur, quel secret voulez-vous donc qu’il y ait dans la tête creuse d’un soldat? Mais il se fait tard, et voici notre falot qui s’éteint, rappelons notre homme Holà! cria Monck en français; et s’approchant de l’escalier: Holà! pêcheur!
Le pêcheur, engourdi par la fraîcheur de la nuit, répondit d’une voix enrouée en demandant quelle chose on lui voulait.
— Va jusqu’au poste, dit Monck, et ordonne au sergent, de la part du général Monck, de venir ici sur-le-champ.
C’était une commission facile à remplir, car le sergent, intrigué de la présence du général en cette abbaye déserte, s’était approché peu à peu, et n’était qu’à quelques pas du pêcheur.
L’ordre du général parvint donc directement jusqu’à lui, et il accourut.
— Prends un cheval et deux hommes, dit Monck.