— Ce n’est donc pas un homme, que le roi? Il n’aime donc pas Marie de Mancini?

— Il l’adore.

— Eh bien! il l’épousera; nous aurons la guerre avec l’Espagne; M. Mazarin dépensera quelques-uns des millions qu’il a de côté; nos gentilshommes feront des prouesses à l’encontre des fiers Castillans, et beaucoup nous reviendront couronnés de lauriers, et que nous couronnerons de myrte. Voilà comme j’entends la politique.

— Montalais, vous êtes une folle, dit Louise, et chaque exagération vous attire, comme le feu attire les papillons.

— Louise, vous êtes tellement raisonnable que vous n’aimerez jamais.

— Oh! fit Louise avec un tendre reproche, comprenez donc, Montalais! La reine mère désire marier son fils avec l’infante; voulez vous que le roi désobéisse à sa mère? Est-il d’un cœur royal comme le sien de donner le mauvais exemple? Quand les parents défendent l’amour, chassons l’amour!

Et Louise soupira; Raoul baissa les yeux d’un air contraint. Montalais se mit à rire.

— Moi, je n’ai pas de parents, dit-elle.

— Vous savez sans doute des nouvelles de la santé de M. le comte de La Fère, dit Louise à la suite de ce soupir, qui avait tant révélé de douleurs dans son éloquente expansion.

— Non, mademoiselle, répliqua Raoul, je n’ai pas encore rendu visite à mon père; mais j’allais à sa maison, quand Mlle de Montalais a bien voulu m’arrêter; j’espère que M. le comte se porte bien. Vous n’avez rien ouï dire de fâcheux, n’est-ce pas?