Monck ne pouvait entrer à Londres avec un parti pris sans y rencontrer la guerre civile. Il temporisa quelque temps.
Soudain, sans que personne s’y attendît, Monck fit chasser de Londres le parti militaire, s’installa dans la Cité au milieu des bourgeois par ordre du Parlement, puis, au moment où les bourgeois criaient contre Monck, au moment où les soldats eux-mêmes accusaient leur chef, Monck, se voyant bien sûr de la majorité, déclara au Parlement Croupion qu’il fallait abdiquer, lever le siège, et céder sa place à un gouvernement qui ne fût pas une plaisanterie. Monck prononça cette déclaration, appuyé sur cinquante mille épées, auxquelles, le soir même, se joignirent, avec des hourras de joie délirante, cinq cent mille habitants de la bonne ville de Londres.
Enfin, au moment où le peuple, après son triomphe et ses repas orgiaques en pleine rue, cherchait des yeux le maître qu’il pourrait bien se donner, on apprit qu’un bâtiment venait de partir de La Haye, portant Charles II et sa fortune.
— Messieurs, dit Monck à ses officiers, je pars au-devant du roi légitime. Qui m’aime me suive!
Une immense acclamation accueillit ces paroles, que d’Artagnan n’entendit pas sans un frisson de plaisir.
— Mordioux! dit-il à Monck, c’est hardi, monsieur.
— Vous m’accompagnez, n’est-ce pas? dit Monck.
— Pardieu, général! Mais, dites-moi, je vous prie, ce que vous aviez écrit avec Athos, c’est-à-dire avec M. le comte de La Fère... vous savez... le jour de notre arrivée?
— Je n’ai pas de secrets pour vous, répliqua Monck: j’avais écrit ces mots: «Sire, j’attends Votre Majesté dans six semaines à Douvres.»
— Ah! fit d’Artagnan, je ne dis plus que c’est hardi; je dis que c’est bien joué. Voilà un beau coup.