— Pardon, c’est duc que je voulais dire. Voyez-vous, si je me trompe, c’est que le mot duc est encore trop court pour moi... Je cherche toujours un titre qui l’allonge... J’aimerais à vous voir si près de mon trône que je pusse vous dire, comme à Louis XIV: Mon frère. Oh! j’y suis, et vous serez presque mon frère, car je vous fais vice-roi d’Irlande et d’Écosse, mon cher duc... De cette façon, désormais, je ne me tromperai plus.
Le duc saisit la main du roi, mais sans enthousiasme, sans joie, comme il faisait toute chose. Cependant son cœur avait été remué par cette dernière faveur. Charles, en ménageant habilement sa générosité, avait laissé au duc le temps de désirer... quoiqu’il n’eût pu désirer autant qu’on lui donnait.
— Mordioux! grommela d’Artagnan, voilà l’averse qui recommence. Oh! c’est à en perdre la cervelle.
Et il se tourna d’un air si contrit et si comiquement piteux, que le roi ne put retenir un sourire. Monck se préparait à quitter le cabinet pour prendre congé de Charles.
— Eh bien! quoi! mon féal, dit le roi au duc, vous partez?
— S’il plaît à Votre Majesté; car, en vérité, je suis bien las... L’émotion de la journée m’a exténué: j’ai besoin de repos.
— Mais, dit le roi, vous ne partez pas sans M. d’Artagnan, j’espère!
— Pourquoi, Sire? dit le vieux guerrier.
— Mais, dit le roi, vous le savez bien, pourquoi.
Monck regarda Charles avec étonnement.