— Sans doute, Monck, puisque vous ne vous êtes pas encore racheté; mais ne vous inquiétez pas, c’est moi qui vous ai arraché à M. d’Artagnan, c’est moi qui paierai votre rançon.

Les yeux de d’Artagnan reprirent leur gaieté et leur brillant; le Gascon commençait à comprendre. Charles s’avança vers lui.

— Le général, dit-il, n’est pas riche et ne pourrait vous payer ce qu’il vaut. Moi, je suis plus riche certainement; mais à présent que le voilà duc, et si ce n’est roi, du moins presque roi, il vaut une somme que je ne pourrais peut-être pas payer. Voyons, monsieur d’Artagnan, ménagez-moi: combien vous dois-je?

D’Artagnan, ravi de la tournure que prenait la chose, mais se possédant parfaitement, répondit:

— Sire, Votre Majesté a tort de s’alarmer. Lorsque j’eus le bonheur de prendre Sa Grâce, M. Monck n’était que général; ce n’est donc qu’une rançon de général qui m’est due. Mais que le général veuille bien me rendre son épée, et je me tiens pour payé, car il n’y a au monde que l’épée du général qui vaille autant que lui.

Odds fish! comme disait mon père, s’écria Charles II; voilà un galant propos et un galant homme, n’est-ce pas, duc?

— Sur mon honneur! répondit le duc, oui, Sire.

Et il tira son épée.

— Monsieur, dit-il à d’Artagnan, voilà ce que vous demandez. Beaucoup ont tenu de meilleures lames; mais, si modeste que soit la mienne, je ne l’ai jamais rendue à personne.

D’Artagnan prit avec orgueil cette épée qui venait de faire un roi.