Ni Rochester ni la princesse ne répondirent; on vit seulement lady Henriette entraîner son cavalier d’une course plus rapide. Buckingham resta en arrière et profita de cet isolement pour se livrer, sur son mouchoir, à des morsures tellement furieuses que la batiste fut mise en lambeaux au troisième coup de dents.

— Parry, bon Parry, dit la princesse avec sa petite voix, viens par ici; je vois que tu me cherches, et j’attends.

— Ah! madame, dit Rochester venant charitablement au secours de son compagnon, demeuré, comme nous l’avons dit, en arrière, si Parry ne voit pas Votre Altesse, l’homme qui le suit est un guide suffisant, même pour un aveugle; car, en vérité, il a des yeux de flamme; c’est un fanal à double lampe que cet homme.

— Éclairant une fort belle et fort martiale figure, dit la princesse décidée à rompre en visière à tout propos.

Rochester s’inclina.

— Une de ces vigoureuses têtes de soldat comme on n’en voit qu’en France, ajouta la princesse avec la persévérance de la femme sûre de l’impunité.

Rochester et Buckingham se regardèrent comme pour se dire: «Mais qu’a-t-elle donc?»

— Voyez, monsieur de Buckingham, ce que veut Parry, dit lady Henriette: allez.

Le jeune homme, qui regardait cet ordre comme une faveur, reprit courage et courut au-devant de Parry, qui, toujours suivi par d’Artagnan, s’avançait avec lenteur du côté de la noble compagnie. Parry marchait avec lenteur à cause de son âge. D’Artagnan marchait lentement et noblement, comme devait marcher d’Artagnan doublé d’un tiers de million, c’est-à-dire sans forfanterie, mais aussi sans timidité. Lorsque Buckingham, qui avait mis un grand empressement à suivre les intentions de la princesse, laquelle s’était arrêtée sur un banc de marbre, comme fatiguée des quelques pas qu’elle venait de faire, lorsque Buckingham, disons-nous, ne fut plus qu’à quelques pas de Parry, celui-ci le reconnut.

— Ah! milord, dit-il tout essoufflé, Votre Grâce veut-elle obéir au roi?