D’Artagnan s’inclina.

— En personne, dit-il.

— Pardon, n’êtes-vous point l’un de ces Français qui eurent avec mon père certains rapports secrets?

— Précisément, monsieur le duc, je suis un de ces Français-là.

— Alors, monsieur, permettez-moi de vous dire qu’il est étrange que mon père, de son vivant, n’ait jamais entendu parler de vous.

— Non, monsieur, mais il en a entendu parler au moment de sa mort; c’est moi qui lui ai fait passer, par le valet de chambre de la reine Anne d’Autriche, l’avis du danger qu’il courait; malheureusement l’avis est arrivé trop tard.

— N’importe! monsieur, dit Buckingham, je comprends maintenant qu’ayant eu l’intention de rendre un service au père, vous veniez réclamer la protection du fils.

— D’abord, milord, répondit flegmatiquement d’Artagnan, je ne réclame la protection de personne. Sa Majesté le roi Charles II, à qui j’ai eu l’honneur de rendre quelques services (il faut vous dire, monsieur, que ma vie s’est passée à cette occupation), le roi Charles II, donc, qui veut bien m’honorer de quelque bienveillance, a désiré que je fusse présenté à lady Henriette, sa sœur, à laquelle j’aurai peut-être aussi le bonheur d’être utile dans l’avenir. Or, le roi vous savait en ce moment auprès de Son Altesse, et m’a adressé à vous, par l’entremise de Parry. Il n’y a pas d’autre mystère. Je ne vous demande absolument rien, et si vous ne voulez pas me présenter à Son Altesse, j’aurai la douleur de me passer de vous et la hardiesse de me présenter moi-même.

— Au moins, monsieur, répliqua Buckingham, qui tenait à avoir le dernier mot, vous ne reculerez pas devant une explication provoquée par vous.

— Je ne recule jamais, monsieur, dit d’Artagnan.