On sait que ce n’étaient pas, en général, les idées qui manquaient à d’Artagnan. C’est que, pendant son monologue, d’Artagnan venait de se boutonner jusqu’au menton, et rien n’excitait en lui l’imagination comme cette préparation à un combat quelconque, nommée accinction par les Romains. Il arriva tout échauffé au logis du duc d’Albermale. On l’introduisit chez le vice-roi avec une célérité qui prouvait qu’on le regardait comme étant de la maison. Monck était dans son cabinet de travail.

— Milord, lui dit d’Artagnan avec cette expression de franchise que le Gascon savait si bien étendre sur son visage rusé, milord, je viens demander un conseil à Votre Grâce.

Monck, aussi boutonné moralement que son antagoniste l’était physiquement, Monck répondit:

— Demandez, mon cher.

Et sa figure présentait une expression non moins ouverte que celle de d’Artagnan.

— Milord, avant toute chose, promettez-moi secret et indulgence.

— Je vous promets tout ce que vous voudrez. Qu’y a-t-il? dites!

— Il y a, milord, que je ne suis pas tout à fait content du roi.

— Ah! vraiment! Et en quoi, s’il vous plaît, mon cher lieutenant?

— En ce que Sa Majesté se livre parfois à des plaisanteries fort compromettantes pour ses serviteurs, et la plaisanterie, milord, est une arme qui blesse fort les gens d’épée comme nous.