— Il est fâcheux pour moi, repartit le prince, que vous vous soyez retiré du service, monsieur le comte; car, incessamment, il faudra que le roi s’occupe d’une guerre avec la Hollande ou d’une guerre avec l’Angleterre, et les occasions ne manqueront point pour un homme comme vous qui connaît la Grande-Bretagne comme la France.

— Je crois pouvoir vous dire, monseigneur, que j’ai sagement fait de me retirer du service, dit Athos en souriant. La France et la Grande-Bretagne vont désormais vivre comme deux sœurs, si j’en crois mes pressentiments.

— Vos pressentiments?

— Tenez, monseigneur, écoutez ce qui se dit là-bas à la table de M. le cardinal.

— Au jeu?

— Au jeu... Oui, monseigneur.

Le cardinal venait en effet de se soulever sur un coude et de faire un signe au jeune frère du roi, qui s’approcha de lui.

— Monseigneur, dit le cardinal, faites ramasser, je vous prie, tous ces écus d’or.

Et il désignait l’énorme amas de pièces fauves et brillantes que le comte de Guiche avait élevé peu à peu devant lui, grâce à une veine des plus heureuses.

— À moi? s’écria le duc d’Anjou.