— N’est-ce pas? s’écria Mazarin presque joyeux; car enfin, à quoi serviraient la puissance, la force de volonté? À quoi servirait le génie, votre génie à vous, Guénaud? À quoi enfin servent la science et l’art, si le malade qui dispose de tout cela ne peut se sauver du péril?
Guénaud allait ouvrir la bouche. Mazarin continua:
— Songez, dit-il, que je suis le plus confiant de vos clients, songez que je vous obéis en aveugle, et que par conséquent...
— Je sais tout cela, dit Guénaud.
— Je guérirai alors?
— Monseigneur, il n’y a ni force de volonté, ni puissance, ni génie, ni science qui résistent au mal que Dieu envoie sans doute, ou qu’il jette sur la terre à la création, avec plein pouvoir de détruire et de tuer les hommes. Quand le mal est mortel, il tue, et rien n’y fait...
— Mon mal... est... mortel? demanda Mazarin.
— Oui, monseigneur.
L’Éminence s’affaissa un moment, comme le malheureux qu’une chute de colonne vient d’écraser... Mais c’était une âme bien trempée ou plutôt un esprit bien solide, que l’esprit de M. de Mazarin.
— Guénaud, dit-il en se relevant, vous me permettrez bien d’en appeler de votre jugement. Je veux rassembler les plus savants hommes de l’Europe, je veux les consulter... je veux vivre enfin par la vertu de n’importe quel remède.