— Oui, mais si elles ne l’eussent pas été, qui les eût reconnues sans la légende? Aujourd’hui même que la mémoire des Blésois s’oblitère un peu à l’endroit de ces personnes célèbres, qui reconnaîtrait Catherine et Marie sans ces mots: Aux Médicis?

— Mais enfin, mes figures? dit Pittrino désespéré, car il sentait que le petit Cropole avait raison. Je ne veux pas perdre le fruit de mon travail.

— Je ne veux pas que vous alliez en prison et moi dans les oubliettes.

— Effaçons Médicis, dit Pittrino suppliant.

— Non, répliqua fermement Cropole. Il me vient une idée, une idée sublime... votre peinture paraîtra, et ma légende aussi... Médici ne veut-il pas dire médecin en italien?

— Oui, au pluriel.

— Vous m’allez donc commander une autre plaque d’enseigne chez le forgeron; vous y peindrez six médecins, et vous écrirez dessous: Aux Médicis... ce qui fait un jeu de mots agréable.

— Six médecins! Impossible! Et la composition? s’écria Pittrino.

— Cela vous regarde, mais il en sera ainsi, je le veux, il le faut. Mon macaroni brûle.

Cette raison était péremptoire; Pittrino obéit. Il composa l’enseigne des six médecins avec la légende; l’échevin applaudit et autorisa. L’enseigne eut par la ville un succès fou. Ce qui prouve bien que la poésie a toujours eu tort devant les bourgeois, comme dit Pittrino. Cropole, pour dédommager son peintre ordinaire, accrocha dans sa chambre à coucher les nymphes de la précédente enseigne, ce qui faisait rougir Mme Cropole chaque fois qu’elle les regardait en se déshabillant le soir.