— Roi de France! quel titre! Peuple de France! quelle masse de créatures! Et voilà que je rentre dans mon Louvre; mes chevaux, à peine dételés, fument encore, et j’ai tout juste soulevé assez d’intérêt pour que vingt personnes à peine me regardent passer... Vingt... que dis-je! non, il n’y a pas même vingt curieux pour le roi de France, il n’y a pas même dix archers pour veiller sur ma maison: archers, peuple, gardes, tout est au Palais-Royal. Pourquoi mon Dieu? Moi, le roi, n’ai-je pas le droit de vous demander cela?
— Parce que, dit une voix répondant à la sienne et qui retentit de l’autre côté de la portière du cabinet, parce qu’au Palais-Royal il y a tout l’or, c’est-à-dire toute la puissance de celui qui veut régner.
Louis se retourna précipitamment.
La voix qui venait de prononcer ces paroles était celle d’Anne d’Autriche. Le roi tressaillit, et s’avançant vers sa mère:
— J’espère, dit-il, que Votre Majesté n’a pas fait attention aux vaines déclamations dont la solitude et le dégoût familiers aux rois donnent l’idée aux plus heureux caractères?
— Je n’ai fait attention qu’à une chose, mon fils: c’est que vous vous plaigniez.
— Moi? pas du tout, dit Louis XIV; non, en vérité; vous vous trompez, madame.
— Que faisiez-vous donc, Sire?
— Il me semblait être sous la férule de mon professeur et développer un sujet d’amplification.
— Mon fils, reprit Anne d’Autriche en secouant la tête, vous avez tort de ne vous point fier à ma parole; vous avez tort de ne me point accorder votre confiance. Un jour va venir, jour prochain peut-être, où vous aurez besoin de vous rappeler cet axiome: «L’or est la toute puissance, et ceux-là seuls sont véritablement rois qui sont tout-puissants.»