— Et pourquoi cela? demanda Anne d’Autriche.
— Mais vous l’avez dit vous-mêmes, madame, répliqua Fouquet, parce que les rois ne doivent et ne peuvent recevoir de présents de leurs sujets.
Le roi demeurait muet entre ces deux opinions si opposées.
— Mais quarante millions! dit Anne d’Autriche du même ton dont la pauvre Marie-Antoinette dit plus tard: «Vous m’en direz tant!»
— Je le sais, dit Fouquet en riant, quarante millions font une belle somme, et une pareille somme pourrait tenter même une conscience royale.
— Mais, monsieur, dit Anne d’Autriche, au lieu de détourner le roi de recevoir ce présent, faites donc observer à Sa Majesté, vous dont c’est la charge, que ces quarante millions lui font une fortune.
— C’est précisément, madame, parce que ces quarante millions font une fortune que je dirai au roi: «Sire, s’il n’est point décent qu’un roi accepte d’un sujet six chevaux de vingt mille livres, il est déshonorant qu’il doive sa fortune à un autre sujet plus ou moins scrupuleux dans le choix des matériaux qui contribuaient à l’édification de cette fortune.»
— Il ne vous sied guère, monsieur, dit Anne d’Autriche, de faire une leçon au roi; procurez-lui plutôt quarante millions pour remplacer ceux que vous lui faites perdre.
— Le roi les aura quand il voudra, dit en s’inclinant le surintendant des finances.
— Oui, en pressurant les peuples, fit Anne d’Autriche.