Puis, comme le roi avait regardé derrière lui, l’huissier comprit ce regard, fit un signe et ce qui restait de courtisans sous les portières s’éloigna aussitôt.

Le silence retomba dans la chambre avec les rideaux de velours. Le roi, encore très jeune et très timide devant celui qui avait été son maître depuis sa naissance, le respectait encore bien plus dans cette suprême majesté de la mort; il n’osait donc entamer la conversation, sentant que chaque parole devait avoir une portée, non pas seulement sur les choses de ce monde, mais encore sur celles de l’autre. Quant au cardinal, il n’avait qu’une pensée en ce moment: sa donation. Ce n’était point la douleur qui lui donnait cet air abattu et ce regard morne; c’était l’attente devant de ce remerciement qui allait sortir de la bouche du roi, et couper court à toute espérance de restitution. Ce fut Mazarin qui rompit le premier le silence.

— Votre Majesté, dit-il, est venue s’établir à Vincennes?

Louis fit un signe de tête.

— C’est une gracieuse faveur, continua Mazarin, qu’elle accorde à un mourant, et qui lui rendra la mort plus douce.

— J’espère, répondit le roi, que je viens visiter, non pas un mourant, mais un malade susceptible de guérison.

Mazarin fit un mouvement de tête qui signifiait: «Votre Majesté est bien bonne, mais j’en sais plus qu’elle là-dessus.»

— La dernière visite, dit-il, Sire, la dernière.

— S’il en était ainsi, monsieur le cardinal, dit Louis XIV, je viendrais une dernière fois prendre les conseils d’un guide à qui je dois tout.

Anne d’Autriche était femme; elle ne put retenir ses larmes. Louis se montra lui-même fort ému, et Mazarin plus encore que ses deux hôtes, mais pour d’autres motifs.