«Allons, il va me rendre quelque bribe, pensa Mazarin; tirons donc le morceau le plus large possible.»
«Le roi va s’attendrir et faire le généreux, pensa la reine; ne le laissons pas s’appauvrir, pareille occasion de fortune ne se représentera jamais.»
— Sire, dit tout haut le cardinal, ma famille est bien nombreuse et mes nièces vont être bien privées, moi n’y étant plus.
— Oh! s’empressa d’interrompre la reine, n’ayez aucune inquiétude à l’endroit de votre famille, cher monsieur Mazarin; nous n’aurons pas d’amis plus précieux que vos amis; vos nièces seront mes enfants, les sœurs de Sa Majesté, et, s’il se distribue une faveur en France, ce sera pour ceux que vous aimez.
«Fumée!» pensa Mazarin, qui connaissait mieux que personne le fond que l’on peut faire sur les promesses des rois. Louis lut la pensée du moribond sur son visage.
— Rassurez-vous, cher monsieur de Mazarin, lui dit-il avec un demi sourire triste sous son ironie, Mlles de Mazarin perdront en vous perdant leur bien le plus précieux; mais elles n’en resteront pas moins les plus riches héritières de France, et puisque vous avez bien voulu me donner leur dot...
Le cardinal était haletant.
— Je la leur rends, continua Louis, en tirant de sa poitrine et en allongeant vers le lit du cardinal le parchemin qui contenait la donation qui, depuis deux jours, avait soulevé tant d’orages dans l’esprit de Mazarin.
— Que vous avais-je dit, monseigneur? murmura dans la ruelle une voix qui passa comme un souffle.
— Votre Majesté me rend ma donation! s’écria Mazarin si troublé par la joie qu’il oublia son rôle de bienfaiteur.