Fouquet prit congé de ses collègues sur l’escalier en leur disant:

— Messieurs, voilà bien de la besogne de moins pour nous.

Et il monta tout joyeux dans son carrosse. Les autres, un peu inquiets de la tournure que prendraient les événements, s’en retournèrent ensemble à Paris.

Le roi, vers les dix heures, passa chez sa mère, avec laquelle il eut un entretien fort particulier; puis, après le dîner, il monta en voiture fermée et se rendit tout droit au Louvre. Là, il reçut beaucoup de monde, et prit un certain plaisir à remarquer l’hésitation de tous et la curiosité de chacun.

Vers le soir, il commanda que les portes du Louvre fussent fermées, à l’exception d’une seule, de celle qui donnait sur le quai. Il mit en sentinelle à cet endroit deux Cent-Suisses qui ne parlaient pas un mot de français, avec consigne de laisser entrer tout ce qui serait ballot, mais rien autre chose, et de ne laisser rien sortir.

À onze heures précises, il entendit le roulement d’un pesant chariot sous la voûte, puis d’un autre, puis d’un troisième. Après quoi, la grille roula sourdement sur ses gonds pour se refermer. Bientôt quelqu’un gratta de l’ongle à la porte du cabinet. Le roi alla ouvrir lui-même, et il vit Colbert, dont le premier mot fut celui-ci:

— L’argent est dans la cave de Votre Majesté.

Louis descendit alors et alla visiter lui-même les barriques d’espèces, or et argent, que, par les soins de Colbert, quatre hommes à lui venaient de rouler dans un caveau dont le roi avait fait passer la clef à Colbert le matin même. Cette revue achevée, Louis rentra chez lui, suivi de Colbert, qui n’avait pas réchauffé son immobile froideur du moindre rayon de satisfaction personnelle.

— Monsieur, lui dit le roi, que voulez-vous que je vous donne en récompense de ce dévouement et de cette probité?

— Rien absolument, Sire.