Raoul ne trouva pas le lendemain M. d’Artagnan, comme il l’avait espéré. Il ne rencontra que Planchet, dont la joie fut vive en revoyant ce jeune homme, et qui sut lui faire deux ou trois compliments guerriers qui ne sentaient pas du tout l’épicerie. Mais comme Raoul revenait de Vincennes, le lendemain, ramenant cinquante dragons que lui avait confiés M. le prince, il aperçut, sur la place Baudoyer, un homme qui, le nez en l’air, regardait une maison comme on regarde un cheval qu’on a envie d’acheter. Cet homme, vêtu d’un costume bourgeois boutonné comme un pourpoint de militaire, coiffé d’un tout petit chapeau, et portant au côté une longue épée garnie de chagrin, tourna la tête aussitôt qu’il entendit le pas des chevaux, et cessa de regarder la maison pour voir les dragons. C’était tout simplement M. d’Artagnan; M. d’Artagnan à pied; d’Artagnan les mains derrière le dos, qui passait une petite revue des dragons après avoir passé une revue des édifices. Pas un homme, pas une aiguillette, pas un sabot de cheval n’échappa à son inspection. Raoul marchait sur les flancs de sa troupe; d’Artagnan l’aperçut le dernier.
— Eh! fit-il, eh! mordioux!
— Je ne me trompe pas? dit Raoul en poussant son cheval.
— Non, tu ne te trompes pas; bonjour! répliqua l’ancien mousquetaire.
Et Raoul vint serrer avec effusion la main de son vieil ami.
— Prends garde, Raoul, dit d’Artagnan, le deuxième cheval du cinquième rang sera déferré avant le pont Marie; il n’a plus que deux clous au pied de devant hors montoir.
— Attendez-moi, dit Raoul, je reviens.
— Tu quittes ton détachement?
— Le cornette est là pour me remplacer.
— Tu viens dîner avec moi?