— Tant pis, tant pis, car un nouveau roi cherche toujours à se faire des créatures.

— Oh! le roi ne me veut pas de mal, répondit le jeune homme.

— Je ne parle pas de la couronne, dit d’Artagnan, mais du roi... Le roi, c’est M. Fouquet, à présent que le cardinal est mort. Il s’agit d’être très bien avec M. Fouquet, si tu ne veux pas moisir toute ta vie comme j’ai moisi... Il est vrai que tu as d’autres protecteurs, fort heureusement.

— M. le prince, d’abord.

— Usé, usé, mon ami.

— M. le comte de La Fère.

— Athos? oh! c’est différent; oui, Athos... et si tu veux faire un bon chemin en Angleterre, tu ne peux mieux t’adresser. Je te dirai même, sans trop de vanité, que moi-même j’ai quelque crédit à la cour de Charles II. Voilà un roi, à la bonne heure!

— Ah! fit Raoul avec la curiosité naïve des jeunes gens bien nés qui entendent parler l’expérience et la valeur.

— Oui, un roi qui s’amuse, c’est vrai, mais qui a su mettre l’épée à la main et apprécier les hommes utiles. Athos est bien avec Charles II. Prends-moi du service par là, et laisse un peu les cuistres de traitants qui volent aussi bien avec des mains françaises qu’avec des doigts italiens; laisse le petit pleurard de roi, qui va nous donner un règne de François II. Sais-tu l’histoire, Raoul?

— Oui, monsieur le chevalier.