— Juste. Il me reste le corps de logis du fond: magasins, logements et caves inondées chaque hiver, deux cents livres, et le jardin, qui est très beau, très bien planté, très enfoui sous les murs et sous l’ombre du portail de Saint-Gervais et Saint-Protais, treize cents livres.
— Treize cents livres! mais c’est royal.
— Voici l’histoire. Je soupçonne fort un chanoine quelconque de la paroisse (ces chanoines sont des Crésus), je le soupçonne donc d’avoir loué ce jardin pour y prendre ses ébats. Le locataire a donné pour nom M. Godard... C’est un faux nom ou un vrai nom; s’il est vrai, c’est un chanoine; s’il est faux, c’est quelque inconnu; pourquoi le connaîtrais-je? Il paie toujours d’avance. Aussi j’avais cette idée tout à l’heure, quand je t’ai rencontré, d’acheter, place Baudoyer, une maison dont les derrières se joindraient à mon jardin, et feraient une magnifique propriété. Tes dragons m’ont distrait de mon idée. Tiens, prenons la rue de la Vannerie: nous allons droit chez maître Planchet.
D’Artagnan pressa le pas et amena en effet Raoul chez Planchet, dans une chambre que l’épicier avait cédée à son ancien maître. Planchet était sorti, mais le dîner était servi. Il y avait chez cet épicier un reste de la régularité, de la ponctualité militaire.
D’Artagnan remit Raoul sur le chapitre de son avenir.
— Ton père te tient sévèrement? dit-il.
— Justement, monsieur le chevalier.
— Oh! je sais qu’Athos est juste, mais serré, peut-être?
— Une main royale, monsieur d’Artagnan.
— Ne te gêne pas, garçon, si jamais tu as besoin de quelques pistoles, le vieux mousquetaire est là.