— Oh! ne dites pas cela.

— Que m’importe! je ne suis plus mousquetaire, n’est-ce pas? Qu’on soit à cheval, à pied, qu’on porte une lardoire, une broche, une épée ou rien, que m’importe?

— Cher monsieur d’Artagnan, je vous en supplie, ne me dites plus de mal du roi... Je suis presque à son service, et mon père m’en voudrait beaucoup d’avoir entendu, même de votre bouche, des paroles offensantes pour Sa Majesté.

— Ton père?... Eh! c’est un chevalier de toute cause véreuse. Pardieu! oui, ton père est un brave, un César, c’est vrai; mais un homme sans coup d’œil.

— Allons, bon! chevalier, dit Raoul en riant, voilà que vous allez dire du mal de mon père, de celui que vous appeliez le grand Athos; vous êtes en veine méchante aujourd’hui, et la richesse vous rend aigre, comme les autres la pauvreté.

— Tu as, pardieu, raison; je suis un bélître, et je radote; je suis un malheureux vieilli, une corde à fourrage effilée, une cuirasse percée, une botte sans semelle, un éperon sans molette; mais fais-moi un plaisir, dis moi une seule chose.

— Quelle chose, cher monsieur d’Artagnan?

— Dis-moi ceci: «Mazarin était un croquant.»

— Il est peut-être mort.

— Raison de plus; je dis était; si je n’espérais pas qu’il fût mort, je te prierais de dire: «Mazarin est un croquant.» Dis, voyons, dis, pour l’amour de moi.