— C’est étrange, dit-il, que le roi me fasse appeler.
— Pourquoi, dit Raoul, ne croyez-vous pas, monsieur, que le roi doive regretter un serviteur tel que vous?
— Oh! oh! s’écria l’officier en riant du bout des dents, vous me la donnez belle, maître Raoul. Si le roi m’eût regretté, il ne m’eût pas laissé partir. Non, non, je vois là quelque chose de mieux, ou de pis, si vous voulez.
— De pis! Quoi donc, monsieur le chevalier?
— Tu es jeune, tu es confiant, tu es admirable... Comme je voudrais être encore où tu en es! Avoir vingt-quatre ans, le front uni ou le cerveau vide de tout, si ce n’est de femmes, d’amour ou de bonnes intentions... Oh! Raoul! tant que tu n’auras pas reçu les sourires des rois et les confidences des reines; tant que tu n’auras pas eu deux cardinaux tués sous toi, l’un tigre, l’autre renard; tant que tu n’auras pas... Mais à quoi bon toutes ces niaiseries? Il faut nous quitter, Raoul!
— Comme vous me dites cela! Quel air grave!
— Eh! mais la chose en vaut la peine... Écoute-moi: j’ai une belle recommandation à te faire.
— J’écoute, cher monsieur d’Artagnan.
— Tu vas prévenir ton père de mon départ.
— Vous partez?