— Et vous avez avoué ensuite que cette fatigue était un prétexte, que le mécontentement était la cause réelle.
— J’étais mécontent, en effet; mais ce mécontentement ne s’est trahi nulle part, que je sache, et si comme un homme de cœur, j’ai parlé haut devant Votre Majesté, je n’ai pas même pensé en face de quelqu’un autre.
— Ne vous excusez pas, d’Artagnan, et continuez de m’écouter. En me faisant le reproche que vous étiez mécontent, vous reçûtes pour réponse une promesse; je vous dis: «Attendez.» Est-ce vrai?
— Oui, Sire, vrai comme ce que je vous disais.
— Vous me répondîtes: «Plus tard? Non pas; tout de suite, à la bonne heure!...» Ne vous excusez pas, vous dis-je... C’était naturel; mais vous n’aviez pas de charité pour votre prince, monsieur d’Artagnan.
— Sire... de la charité!... pour un roi, de la part d’un pauvre soldat!
— Vous me comprenez bien; vous savez bien que j’en avais besoin; vous savez bien que je n’étais pas le maître; vous savez bien que j’avais l’avenir en espérance. Or, vous me répondîtes, quand je parlai de cet avenir: «Mon congé... tout de suite!»
D’Artagnan mordit sa moustache.
— C’est vrai, murmura-t-il.
— Vous ne m’avez pas flatté quand j’étais dans la détresse, ajouta Louis XIV.