— Alors, monsieur, vous allez entrer en fonctions. Votre compagnie est toute désorganisée depuis votre départ, et les hommes s’en vont flânant et heurtant les cabarets où l’on se bat, malgré mes édits et ceux de mon père. Vous réorganiserez le service au plus vite.

— Oui, Sire.

— Vous ne quitterez plus ma personne.

— Bien.

— Et vous marcherez avec moi à l’armée, où vous camperez autour de ma tente.

— Alors, Sire, dit d’Artagnan, si c’est pour m’imposer un service comme celui-là, Votre Majesté n’a pas besoin de me donner vingt mille livres que je ne gagnerai pas.

— Je veux que vous ayez un état de maison; je veux que vous teniez table; je veux que mon capitaine de mousquetaires soit un personnage.

— Et moi, dit brusquement d’Artagnan, je n’aime pas l’argent trouvé; je veux l’argent gagné! Votre Majesté me donne un métier de paresseux, que le premier venu fera pour quatre mille livres.

— Vous êtes un fin Gascon, monsieur d’Artagnan; vous me tirez mon secret du cœur.

— Bah! Votre Majesté a donc un secret?