Alors Fouquet poussa un verrou, lequel déplaçait un panneau qui murait l’entrée, et qui empêchait que rien de ce qui se passait dans ce cabinet fût vu ou entendu. Mais contre toute probabilité, c’était bien pour s’enfermer que Fouquet s’enfermait ainsi; car il alla droit à son bureau, s’y assit, ouvrit le portefeuille et se mit à faire un choix dans la masse énorme de papiers qu’il renfermait. Il n’y avait pas dix minutes qu’il était entré, et que toutes les précautions que nous avons dites avaient été prises, quand le bruit répété de plusieurs petits coups égaux frappa son oreille, et parut appeler toute son attention.

Fouquet redressa la tête, tendit l’oreille et écouta. Les petits coups continuèrent. Alors le travailleur se leva avec un léger mouvement d’impatience, et marcha droit à une glace derrière laquelle les coups étaient frappés par une main ou par un mécanisme invisible.

C’était une grande glace prise dans un panneau. Trois autres glaces absolument pareilles complétaient la symétrie de l’appartement.

Rien ne distinguait celle-là des autres. À n’en pas douter, ces petits coups réitérés étaient un signal; car au moment où Fouquet approchait de la glace en écoutant, le même bruit se renouvela et dans la même mesure.

— Oh! oh! murmura le surintendant avec surprise; qui donc est là-bas? Je n’attendais personne aujourd’hui.

Et, sans doute pour répondre au signal qui avait été fait, le surintendant tira un clou doré dans cette même glace et l’agita trois fois. Puis, revenant à sa place et se rasseyant:

— Ma foi, qu’on attende, dit-il.

Et se replongeant dans l’océan de papier déroulé devant lui, il ne parut songer qu’au travail. En effet, avec une rapidité incroyable, une lucidité merveilleuse, Fouquet déchiffrait les papiers les plus longs, les écritures les plus compliquées, les corrigeant, les annotant d’une plume emportée comme par la fièvre, et l’ouvrage fondant entre ses doigts, les signatures, les chiffres, les renvois se multipliaient comme si dix commis, c’est-à-dire cent doigts et dix cerveaux, eussent fonctionné, au lieu de cinq doigts et du seul esprit de cet homme.

De temps en temps seulement, Fouquet, abîmé dans ce travail, levait la tête pour jeter un coup d’œil furtif sur une horloge placée en face de lui.

C’est que Fouquet se donnait sa tâche; c’est que, cette tâche une fois donnée, en une heure de travail il faisait, lui, ce qu’un autre n’eût point accompli dans sa journée: toujours certain, par conséquent, pourvu qu’il ne fût point dérangé, d’arriver au but dans le délai que son activité dévorante avait fixé. Mais, au milieu de ce travail ardent, les coups secs du petit timbre placé derrière la glace retentirent encore une fois, plus pressés, et par conséquent plus instants.