Fouquet voulut entourer la marquise de ses bras, mais elle se dégagea d’un geste.
— Vous tromperez-vous donc toujours, monsieur, et n’accepterez-vous pas de moi la seule chose que je veuille vous donner, le dévouement?
— Ah! vous ne m’aimez pas, alors; le dévouement n’est qu’une vertu, l’amour est une passion.
— Écoutez-moi, monsieur, je vous en supplie; je ne serais pas venue ici sans un motif grave, vous le comprenez bien.
— Peu m’importe le motif, puisque vous voilà, puisque je vous parle, puisque je vous vois.
— Oui, vous avez raison, le principal est que j’y sois, sans que personne m’ait vue, et que je puisse vous parler.
Fouquet se laissa tomber à deux genoux.
— Parlez, parlez, madame, dit-il, je vous écoute.
La marquise regardait Fouquet à ses genoux, et il y avait dans les regards de cette femme une étrange expression d’amour et de mélancolie.
— Oh! murmura-t-elle enfin, que je voudrais être celle qui a le droit de vous voir à chaque minute, de vous parler à chaque instant! Que je voudrais être celle qui veille sur vous, celle qui n’a pas besoin de mystérieux ressorts pour appeler, pour faire apparaître comme un sylphe l’homme qu’elle aime, pour le regarder une heure, et puis le voir disparaître dans les ténèbres, d’un mystère encore plus étrange à sa sortie qu’il n’était à son arrivée. Oh!... c’est une femme bien heureuse.