— Allons! dit Fouquet les yeux enflammés; oui! oui! à Saint-Mandé!

Il remonta dans son carrosse, et Gourville avec lui. Sur la route, au bout du faubourg Saint-Antoine, ils rencontrèrent le petit équipage de Vatel, qui voiturait tranquillement son vin de Joigny. Les chevaux noirs, lancés à toute bride, épouvantèrent en passant le timide cheval du maître d’hôtel, qui, mettant la tête à la portière, cria, effaré:

— Gare à mes bouteilles!

Chapitre LVII — La galerie de Saint-Mandé

Cinquante personnes attendaient le surintendant. Il ne prit même pas le temps de se confier un moment à son valet de chambre, et du perron passa dans le premier salon. Là ses amis étaient rassemblés et causaient.

L’intendant s’apprêtait à faire servir le souper; mais, par-dessus tout, l’abbé Fouquet guettait le retour de son frère et s’étudiait à faire les honneurs de la maison en son absence.

Ce fut à l’arrivée du surintendant un murmure de joie et de tendresse: Fouquet, plein d’affabilité et de bonne humeur, de munificence, était aimé de ses poètes, de ses artistes et de ses gens d’affaires. Son front, sur lequel sa petite cour lisait, comme sur celui d’un dieu, tous les mouvements de son âme, pour en faire des règles de conduite, son front que les affaires ne ridaient jamais, était ce soir-là plus pâle que de coutume, et plus d’un œil ami remarqua cette pâleur.

Fouquet se mit au centre de la table et présida gaiement le souper. Il raconta l’expédition de Vatel à La Fontaine.

Il raconta l’histoire de Menneville et du poulet maigre à Pellisson, de telle façon que toute la table l’entendit.

Ce fut alors une tempête de rires et de railleries qui ne s’arrêta que sur un geste grave et triste de Pellisson. L’abbé Fouquet, ne sachant pas à quel propos son frère avait engagé la conversation sur ce sujet, écoutait de toutes ses oreilles et cherchait sur le visage de Gourville ou sur celui du surintendant une explication que rien ne lui donnait.