Il se tourna vers Pellisson, qui gravement méditait dans son coin de carrosse quelque bonne argumentation contre les emportements de Colbert.
— Mon cher Pellisson, dit alors Fouquet, c’est bien dommage que vous ne soyez pas une femme.
— Je crois que c’est bien heureux, au contraire, répliqua Pellisson; car, enfin, monseigneur, je suis excessivement laid.
— Pellisson! Pellisson! dit le surintendant en riant, vous répétez trop que vous êtes laid pour ne pas laisser croire que cela vous fait beaucoup de peine.
— Beaucoup, en effet, monseigneur; il n’y a pas d’homme plus malheureux que moi; j’étais beau, la petite vérole m’a rendu hideux; je suis privé d’un grand moyen de séduction; or, je suis votre premier commis ou à peu près; j’ai affaire de vos intérêts, et si, en ce moment, j’étais une jolie femme, je vous rendrais un important service.
— Lequel?
— J’irais trouver le concierge du palais, je le séduirais, car c’est un galant homme et un galantin; puis j’emmènerais nos deux prisonniers.
— J’espère bien encore le pouvoir moi-même, quoique je ne sois pas une jolie femme, répliqua Fouquet.
— D’accord, monseigneur; mais vous vous compromettez beaucoup.
— Oh! s’écria soudain Fouquet, avec un de ces transports secrets comme en possède dans le cœur le sang généreux de la jeunesse ou le souvenir de quelque douce émotion; oh! je connais une femme qui fera près du lieutenant gouverneur de la Conciergerie le personnage dont nous avons besoin.