Athos devina que Louis avait chargé d’Artagnan de quelque mission importante et n’essaya pas même de lui faire avouer le secret. Il lui recommanda de se ménager, lui offrit discrètement de l’accompagner si la chose était possible.

— Mais, cher ami, dit d’Artagnan, je ne pars point.

— Comment! vous venez me dire adieu et vous ne partez point?

— Oh! si fait, si fait, répliqua d’Artagnan en rougissant un peu, je pars pour faire une acquisition.

— C’est autre chose. Alors, je change ma formule. Au lieu de: «Ne vous faites pas tuer», je dirai: «Ne vous faites pas voler.»

— Mon ami, je vous ferai prévenir si j’arrête mon idée sur quelque propriété; puis vous voudrez bien me rendre le service de me conseiller.

— Oui, oui, dit Athos, trop délicat pour se permettre la compensation d’un sourire.

Raoul imitait la réserve paternelle. D’Artagnan comprit qu’il était par trop mystérieux de quitter des amis sous un prétexte sans leur dire même la route qu’on prenait.

— J’ai choisi Le Mans, dit-il à Athos. Est-ce pas un bon pays?

— Excellent, mon ami, répliqua le comte sans lui faire remarquer que Le Mans était dans la même direction que la Touraine, et qu’en attendant deux jours au plus il pourrait faire route avec un ami.