En effet, les hallebardes frappent, les épées trouent, les mousquets commencent à tirer.

Il se fit alors un tourbillonnement étrange au milieu duquel d’Artagnan ne vit plus rien. Puis de ce chaos surgit tout à coup comme une intention visible, comme une volonté arrêtée.

Les condamnés avaient été arrachés des mains des gardes et on les entraînait vers la maison de l’Image-de-Notre-Dame. Ceux qui les entraînaient criaient:

— Vive Colbert!

Le peuple hésitait, ne sachant s’il devait tomber sur les archers ou sur les agresseurs.

Ce qui arrêtait le peuple, c’est que ceux qui criaient: «Vive Colbert!» commençaient à crier en même temps: «Pas de hart! à bas la potence! au feu! au feu! brûlons les voleurs! brûlons les affameurs!» Ce cri poussé d’ensemble obtint un succès d’enthousiasme. La populace était venue pour voir un supplice, et voilà qu’on lui offrait l’occasion d’en faire un elle-même.

C’était ce qui pouvait être le plus agréable à la populace.

Aussi se rangea-t-elle immédiatement du parti des agresseurs contre les archers, en criant avec la minorité, devenue, grâce à elle, majorité des plus compactes:

— Oui, oui, au feu, les voleurs! vive Colbert!

— Mordioux! s’écria d’Artagnan, il me semble que cela devient sérieux.