— Depuis huit jours.

— Et vous êtes ce brave capitaine, vous êtes cette vaillante épée qui a dispersé ceux qui voulaient brûler les condamnés?

— Mon cher monsieur Gourville, mettez-vous à ma place: je suis agent de la force publique et propriétaire. Comme capitaine, mon devoir est de faire accomplir les ordres du roi. Comme propriétaire, mon intérêt est qu’on ne me brûle pas ma maison. J’ai donc suivi à la fois les lois de l’intérêt et du devoir en remettant MM. Lyodot et d’Eymeris entre les mains des archers.

— Ainsi c’est vous qui avez jeté un homme par la fenêtre?

— C’est moi-même, répliqua modestement d’Artagnan.

— C’est vous qui avez tué Menneville?

— J’ai eu ce malheur, dit d’Artagnan saluant comme un homme que l’on félicite.

— C’est vous enfin qui avez été cause que les deux condamnés ont été pendus?

— Au lieu d’être brûlés, oui, monsieur, et je m’en fais gloire. J’ai arraché ces pauvres diables à d’effroyables tortures. Comprenez-vous, mon cher monsieur Gourville, qu’on voulait les brûler vifs? cela passe toute imagination.

— Allez, mon cher monsieur d’Artagnan, allez, dit Gourville voulant épargner à Fouquet la vue d’un homme qui venait de lui causer une si profonde douleur.