— On voit bien que vous n’avez pas vu Belle-Île, répliqua le pêcheur le plus curieux. Savez-vous que cela fait six lieues, et qu’il a des arbres que l’on n’en voit pas de pareils à Nantes sur le fossé?
— Des arbres! en mer! s’écria d’Artagnan. Je voudrais bien voir cela!
— C’est facile, nous pêchons à l’île de Hoëdic; venez avec nous. De cet endroit, vous verrez comme un paradis les arbres noirs de Belle-Île sur le ciel; vous verrez la ligne blanche du château, qui coupe comme une lame l’horizon de la mer.
— Oh! fit d’Artagnan, ce doit être beau. Mais il y a cent clochers au château de M. Fouquet, à Vaux, savez-vous?
Le Breton leva la tête avec une admiration profonde, mais ne fut pas convaincu.
— Cent clochers! dit-il; c’est égal, Belle-Île est plus beau. Voulez-vous voir Belle-Île?
— Est-ce que c’est possible? demanda M. Agnan.
— Oui, avec la permission du gouverneur.
— Mais je ne le connais pas, moi, ce gouverneur.
— Puisque vous connaissez M. Fouquet, vous direz votre nom.