— Mais dame!... pour vendre du poisson aux corsaires.
— Hé!... des corsaires, que dites-vous?
— Je dis que M. Fouquet fait construire deux corsaires pour la chasse aux Hollandais ou aux Anglais, et que nous vendons du poisson aux équipages de ces petits navires.
— Tiens!... tiens!... fit d’Artagnan, de mieux en mieux! une imprimerie, des bastions et des corsaires!... Allons, M. Fouquet n’est pas un médiocre ennemi, comme je l’avais présumé. Il vaut la peine qu’on se remue pour le voir de près.
— Nous partons à cinq heures et demie, ajouta gravement le pêcheur.
— Je suis tout à vous, je ne vous quitte pas.
En effet, d’Artagnan vit les pêcheurs haler avec un tourniquet leurs barques jusqu’au flot; la mer monta, M. Agnan se laissa glisser jusqu’au bord, non sans jouer la frayeur et prêter à rire aux petits mousses qui le surveillaient de leurs grands yeux intelligents.
Il se coucha sur une voile pliée en quatre, laissa l’appareillage se faire, et la barque, avec sa grande voile carrée, prit le large en deux heures de temps.
Les pêcheurs, qui faisaient leur état tout en marchant, ne s’aperçurent pas que leur passager n’avait point pâli, point gémi, point souffert; que malgré l’horrible tangage et le roulis brutal de la barque, à laquelle nulle main n’imprimait la direction, le passager novice avait conservé sa présence d’esprit et son appétit.
Ils pêchaient, et la pêche était assez heureuse. Aux lignes amorcées de crevettes venaient mordre, avec force soubresauts, les soles et les carrelets. Deux fils avaient déjà été brisés par des congres et des cabillauds d’un poids énorme; trois anguilles de mer labouraient la cale de leurs replis vaseux et de leurs frétillements d’agonie.