— Eh bien! voilà, dit d’Artagnan, espérant que cette raison suffirait à Porthos.
Porthos parut se livrer à un violent travail d’esprit.
— Oh! oui, dit-il, je comprends. Comme Aramis me disait d’arriver avant l’équinoxe, vous avez compris que c’était pour le rejoindre. Vous vous êtes informé où était Aramis, vous disant: «où sera Aramis, sera Porthos.» Vous avez appris qu’Aramis était en Bretagne, et vous vous êtes dit: «Porthos est en Bretagne.»
— Eh! justement. En vérité, Porthos, je ne sais comment vous ne vous êtes pas fait devin. Alors, vous comprenez: en arrivant à La Roche-Bernard, j’ai appris les beaux travaux de fortification que l’on faisait à Belle-Île. Le récit qu’on m’en a fait a piqué ma curiosité. Je me suis embarqué sur un bâtiment pêcheur, sans savoir le moins du monde que vous étiez ici. Je suis venu. J’ai vu un gaillard qui remuait une pierre qu’Ajax n’eût pas ébranlée. Je me suis écrié: «Il n’y a que le baron de Bracieux qui soit capable d’un pareil tour de force.» Vous m’avez entendu, vous vous êtes retourné, vous m’avez reconnu, nous nous sommes embrassés, et, ma foi, si vous le voulez bien, cher ami, nous nous embrasserons encore.
— Voilà comment tout s’explique, en effet, dit Porthos.
Et il embrassa d’Artagnan avec une si grande amitié, que le mousquetaire en perdit la respiration pendant cinq minutes.
— Allons, allons, plus fort que jamais, dit d’Artagnan, et toujours dans les bras, heureusement.
Porthos salua d’Artagnan avec un gracieux sourire.
Pendant les cinq minutes où d’Artagnan avait repris sa respiration, il avait réfléchi qu’il avait un rôle fort difficile à jouer. Il s’agissait de toujours questionner sans jamais répondre. Quand la respiration lui revint, son plan de campagne était fait.