— Sire, un million me suffira.
— C’est bien peu.
— Offert à un seul homme, c’est beaucoup. On a souvent payé moins cher des convictions; moi, je n’aurai affaire qu’à des vénalités.
— Deux cents gentilshommes, songez-y, c’est un peu plus qu’une compagnie, voilà tout.
— Sire, il y a dans notre famille une tradition, c’est que quatre hommes, quatre gentilshommes français dévoués à mon père, ont failli sauver mon père, jugé par un Parlement, gardé par une armée, entouré par une nation.
— Donc, si je peux vous avoir un million ou deux cents gentilshommes, vous serez satisfait, et vous me tiendrez pour votre bon frère?
— Je vous tiendrai pour mon sauveur, et si je remonte sur le trône de mon père, l’Angleterre sera, tant que je régnerai, du moins, une sœur à la France, comme vous aurez été un frère pour moi.
— Eh bien! mon frère, dit Louis en se levant, ce que vous hésitez à me demander, je le demanderai, moi! ce que je n’ai jamais voulu faire pour mon propre compte, je le ferai pour le vôtre. J’irai trouver le roi de France, l’autre, le riche, le puissant, et je solliciterai, moi, ce million ou ces deux cents gentilshommes et nous verrons!
— Oh! s’écria Charles, vous êtes un noble ami, Sire, un cœur créé par Dieu! Vous me sauvez, mon frère, et quand vous aurez besoin de la vie que vous me rendez, demandez-la-moi!
— Silence! mon frère, silence! dit tout bas Louis. Gardez qu’on ne vous entende! Nous ne sommes pas au bout. Demander de l’argent à Mazarin! c’est plus que traverser la forêt enchantée dont chaque arbre enferme un démon; c’est plus que d’aller conquérir un monde!