— La restauration de Charles II, par exemple.

— Eh! mon Dieu! répliqua Mazarin, est-ce que par hasard le pauvre Sire se flatterait de cette chimère?

— Mais oui, répliqua le jeune roi, effrayé des difficultés que semblait entrevoir dans ce projet l’œil si sûr de son ministre; il ne demande même pour cela qu’un million.

— Voilà tout. Un petit million, s’il vous plaît? fit ironiquement le cardinal en forçant son accent italien. Un petit million, s’il vous plaît, mon frère? Famille de mendiants, va!

— Cardinal, dit Louis XIV en relevant la tête, cette famille de mendiants est une branche de ma famille.

— Êtes-vous assez riche pour donner des millions aux autres, Sire? avez-vous des millions?

— Oh! répliqua Louis XIV avec une suprême douleur qu’il força cependant, à force de volonté, de ne point éclater sur son visage; oh! oui, monsieur le cardinal, je sais que je suis pauvre, mais enfin la couronne de France vaut bien un million, et pour faire une bonne action, j’engagerai, s’il le faut, ma couronne. Je trouverai des juifs qui me prêteront bien un million?

— Ainsi, Sire, vous dites que vous avez besoin d’un million? demanda Mazarin.

— Oui, monsieur, je le dis.

— Vous vous trompez beaucoup, Sire, et vous avez besoin de bien plus que cela. Bernouin!... Vous allez voir, Sire, de combien vous avez besoin en réalité... Bernouin!