— Messieurs, dit-il, nous devons nous quitter, il faut que je passe chez Monsieur. Prenons nos rendez-vous: toi, de Wardes, viens avec moi au Louvre; toi, Raoul, demeure le maître de la maison, et comme tu es le conseil de tout ce qui se fait ici, tu donneras le dernier coup d’œil à mes préparatifs de départ.
Raoul, en homme qui ne cherche ni ne craint une affaire, fit de la tête un signe d’assentiment, et s’assit sur un banc au soleil.
— C’est bien, dit de Guiche, reste là, Raoul, et fais-toi montrer les deux chevaux que je viens d’acheter; tu me diras ton sentiment, car je ne les ai achetés qu’à la condition que tu ratifierais le marché. À propos, pardon! j’oubliais de te demander des nouvelles de M. le comte de La Fère. Et tout en prononçant ces derniers mots, il observait de Wardes et essayait de saisir l’effet que produirait sur lui le nom du père de Raoul.
— Merci, répondit le jeune homme. M. le comte se porte bien.
Un éclair de haine passa dans les yeux de de Wardes. De Guiche ne parut pas remarquer cette lueur funèbre, et allant donner une poignée de main à Raoul:
— C’est convenu, n’est-ce pas, Bragelonne, dit-il, tu viens nous rejoindre dans la cour du Palais-Royal?
Puis, faisant signe de le suivre à de Wardes, qui se balançait tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre.
— Nous partons, dit-il; venez, monsieur Malicorne.
Ce nom fit tressaillir Raoul.
Il lui sembla qu’il avait déjà entendu prononcer ce nom une fois; mais il ne put se rappeler dans quelle occasion.