— Ces messieurs sont fort braves, dit l’amiral. Vous avez vu que beaucoup étaient sur le port et n’ont point osé les suivre. En outre, le désir qu’ils avaient de présenter le plus tôt possible leurs hommages à Madame et à son illustre mère les a portés à affronter la mer, fort mauvaise aujourd’hui, même pour des marins. Mais ces messieurs, que je présenterai pour exemple à mon état-major, ne doivent pas en être un pour ces dames.
Un regard dérobé de Madame surprit la rougeur qui couvrait les joues du comte. Ce regard échappa à Buckingham. Il n’avait d’yeux que pour surveiller Norfolk. Il était évidemment jaloux de l’amiral, et semblait brûler du désir d’arracher les princesses à ce sol mouvant des vaisseaux sur lequel l’amiral était roi.
— Au reste, reprit Buckingham, j’en appelle à Madame elle-même.
— Et moi, milord, répondit l’amiral, j’en appelle à ma conscience et à ma responsabilité. J’ai promis de rendre saine et sauve Madame à la France, je tiendrai ma promesse.
— Mais, cependant, monsieur…
— Milord, permettez-moi de vous rappeler que je commande seul ici.
— Milord, savez-vous ce que vous dites? répondit avec hauteur Buckingham.
— Parfaitement, et je le répète: Je commande seul ici, milord, et tout m’obéit: la mer, le vent, les navires et les hommes.
Cette parole était grande et noblement prononcée.
Raoul en observa l’effet sur Buckingham. Celui-ci frissonna par tout le corps et s’appuya à l’un des soutiens de la tente pour ne pas tomber; ses yeux s’injectèrent de sang, et la main dont il ne se soutenait point se porta sur la garde de son épée.