— Mais le visage est maigre.

— Les dents m’ont paru admirables.

— On les voit. La bouche est assez grande. Dieu merci! décidément, monseigneur, j’avais tort; vous êtes plus beau que votre femme.

— Et trouves-tu aussi que je sois plus beau que Buckingham? Dis.

— Oh! oui, et il le sent bien, allez; car, voyez-le, il redouble de soins près de Madame pour que vous ne l’effaciez pas.

Monsieur fit un mouvement d’impatience; mais, comme il vit un sourire de triomphe passer sur les lèvres du chevalier, il remit son cheval au pas.

— Au fait, dit-il, pourquoi m’occuperais-je plus longtemps de ma cousine? Est-ce que je ne la connais pas? est-ce que je n’ai pas été élevé avec elle? est-ce que je ne l’ai pas vue tout enfant au Louvre?

— Ah! pardon, mon prince, il y a un changement d’opéré en elle, fit le chevalier. À cette époque dont vous parlez, elle était un peu moins brillante, et surtout beaucoup moins fière; ce soir surtout, vous en souvient-il, monseigneur, où le roi ne voulait pas danser avec elle, parce qu’il la trouvait laide et mal vêtue?

Ces mots firent froncer le sourcil au duc d’Orléans. Il était, en effet, assez peu flatteur pour lui d’épouser une princesse dont le roi n’avait pas fait grand cas dans sa jeunesse.

Peut-être allait-il répondre, mais en ce moment de Guiche quittait le carrosse pour se rapprocher du prince. De loin, il avait vu le prince et le chevalier, et il semblait, l’oreille inquiète, chercher à deviner les paroles qui venaient d’être échangées entre Monsieur et son favori.