— Voyez, Raoul, la belle planche de muguet, dit Athos, voyez comme l’ombre et l’humidité lui vont bien, cette ombre surtout des feuilles de sycomore, par l’échancrure desquelles filtre la chaleur et non la flamme du soleil.

Raoul s’arrêta, se mordit les lèvres; puis, sentant le sang affluer à ses tempes:

— Monsieur, dit-il bravement, une explication, je vous en supplie; vous ne pouvez oublier que votre fils est un homme.

— Alors, répondit Athos en se redressant avec sévérité, alors prouvez-moi que vous êtes un homme, car vous ne prouvez point que vous êtes un fils. Je vous priais d’attendre le moment d’une illustre alliance, je vous eusse trouvé une femme dans les premiers rangs de la riche noblesse; je voulais que vous pussiez briller de ce double éclat que donnent la gloire et la fortune: vous avez la noblesse de la race.

— Monsieur, s’écria Raoul emporté par un premier mouvement, l’on m’a reproché l’autre jour de ne pas connaître ma mère.

Athos pâlit; puis, fronçant le sourcil comme le dieu suprême de l’Antiquité:

— Il me tarde de savoir ce que vous avez répondu, monsieur, demanda-t-il majestueusement.

— Oh! pardon… pardon!… murmura le jeune homme tombant du haut de son exaltation.

— Qu’avez-vous répondu, monsieur? demanda le comte en frappant du pied.

— Monsieur, j’avais l’épée à la main, celui qui m’insultait, était en garde, j’ai fait sauter son épée par-dessus une palissade, et je l’ai envoyé rejoindre son épée.